Audio clip: Adobe Flash Player (version 9 or above) is required to play this audio clip. Download the latest version here. You also need to have JavaScript enabled in your browser.

French (Fr)English (United Kingdom)Español(Spanish Formal International)

A- A A+

Newsletter

Enter your name and email address to subscribe to the newsletter

Rencontres scolaires

« Circonstances, conditions et enjeux de la création littéraire dans la Caraïbe », tel est le thème de la seconde édition du Congrès des Ecrivains de la Caraïbe.

C’est l’occasion d’élargir le champ de nos connaissances et de nos intérêts, de s’immerger dans des univers romanesques empreints de réalisme, d’authenticité, mais qui constituent aussi des témoignages historiques et culturels précieux d’un monde, d’une époque mais surtout d’îles souvent méconnues au-delà de leurs frontières. Dès lors, cet événement offre au plus grand nombre, mais particulièrement à nous, étudiants littéraires, l’opportunité de découvrir ou redécouvrir la littérature de nos voisins caribéens en laquelle nous ne pouvons que nous reconnaître.

M. le professeur Roger Toumson disait hier qu’aujourd’hui encore hélas les aires hispanophones, anglophones, francophones de la Caraïbe s’ignorent et que c’est à nous de faire en sorte que nos aires littéraires se rapprochent.

C’est sans doute pourquoi nous nous invitons aujourd’hui à partir à la rencontre et à la découverte de l’univers chatoyant et rude de la Jamaïque, dévoilé par Olive Senior.

Ce sont les couleurs, les mœurs mais aussi le quotidien et la langue de sa terre natale que l’ancienne journaliste a choisi de retranscrire à travers des ouvrages poignants et évocateurs tels que Summer lightning pour lequel elle a reçu d’ailleurs en 1986 le Commonwealth prize.

La cinquantaine passée, Miss Senior, comme la nomme le Dimanche Guardian, est d’ores et déjà l’auteur de huit livres mais c’est son recueil Zig Zag et autres nouvelles de la Jamaïque, paru en 2010 qui fut son premier ouvrage traduit en français par Christine Raguet.

C’est donc l’occasion pour nous, lecteurs francophones, d’apprendre en même temps que les personnages, l’impossible communication intergénérationnelle ainsi que le fossé entre ces mondes qui cohabitent en Jamaïque.

Ces multiples moments de trouble et d’instabilité constituent les tableaux réunis ici. Les zigzags sont incessants, entre les coutumes ancestrales et la modernité souvent mal acceptée ou mal comprise. Olive Senior se décrit comme « une personne consciente des Caraïbes », qui se fixe pour objectif de peindre le monde, de proposer une « image des Caribéens tels de vraies personnes, mues par des rêves et des espoirs, des craintes et du courage, les mêmes que n’importe qui d’autre dans le monde ».

Cette mission qui lui tient à cœur n’est pas sans rappeler celle d’Aimé Césaire qui du particularisme, voulait tendre à l’universel. Car dans Zig Zag, Olive Senior livre des faits qui demeurent hors temps, elle soulève des problèmes relevant des relations humaines qui perdurent au fil des générations, menacées par la rencontre de modes de vie différents.

C’est un foisonnement d’émotions qui est mis au jour avec une subtilité éblouissante et entraîne le lecteur à osciller entre le rire et la curiosité devant l’effrayant réalisme des situations.

Cette voix s’élève à travers une écriture orale et mélodieuse et une mise en mots inventive et rythmique, une langue façonnée qui cultive l’originalité et tend à se complaire dans une forme de régionalisme qui la distingue mais en même temps aussi, paradoxalement, l’intègre dans le vaste champ de tous nos imaginaires.

Olive Senior chante sa propre mélodie, celle qui évolue sur un spectre assez vaste, s’étendant des formes les plus normées jusqu’à des formules vernaculaires parfois obscures pour qui ne connaîtrait pas le patwa jamaïcain.

Le lecteur non caribéen entre donc dans un univers « autre » qui lui devient au fil des pages plus accessible tant le pouvoir évocateur des mots est indéniable.

Olive Senior livre donc un ouvrage hors temps, et l’ensemble de son œuvre constitue une littérature en plein essor, ouverte au monde, qu’on ne peut enfermer dans le carcan des genres et des normes littéraires.

A nous donc de nous immiscer dans ce que l’auteure appelle la « brousse, le rural profond de la Jamaïque », un témoignage précieux que le monde francophone vient juste de découvrir, et qui n’a pas encore livré tous ses codes.

C’est donc à la nouvelle génération de lecteurs que nous sommes, aux amoureux des belles-lettres, fiers de notre histoire caribéenne et de notre parcours, de déchiffrer cette littérature et de perpétuer l’héritage historique, culturel, social et linguistique que nous laisse des écrivains tels Olive Senior.

Gladys Raghoumandan

joomla template